Il y a quelques années encore, Capesterre était peut-être la plus ingrate des communes avec son habitat diffus et pas toujours de bon goût, malgré sa bordure littorale. Depuis, des travaux ont été entrepris pour redonner à ce bourg le prestige qu'il mérite. Figé dans ses traditions, il semble enveloppé de torpeur tropicale; même les voitures traversent l'espace au ralenti et le semblant d'animation qui émane des quelques commerces confirme cette impression. La paroisse fut créée au début du XVIIIème siècle et se spécialise dans la culture de l'indigo et du coton. L'indigotier est un petit arbre dont on faisait fermenter et macérer les feuilles pour au final obtenir une couleur bleu violacée. Il reste des vestiges d'indigoterie à Grand-Fond dans le secteur de Galets. Sur le territoire de Capesterre se concentrent des vestiges de nombreux moulins dont celui de Bézard entièrement rénové, devenu propriété de la commune. En fait, sur cette « galette » se concentrent les ruines de quelque soixante-dix tours de moulins dispersées à tout vent. Bézard, hameau constitué autour du moulin ayant pris le nom de l'ancien domaine, exprime la reconquête d'un passé révolu remis technologiquement au goût du jour et s'inscrit dans la dynamique rurale des habitations d'autrefois. C'est en prenant la route de l'intérieur des terres, au sortir de Capesterre, en se dirigeant vers l'Etang noir et le Trou à diable, que se dresse un minuscule village de cases en gaulettes reconstituées selon le savoir-faire populaire. Plusieurs dizaines d'années après l'abolition, des propriétaires « de couleur » héritent successivement de cette unité de production, mais se voient contraints, de vendre terres et bâtiments, détrônés par l'arrivée d'unités plus modernes.
En quittant ce lieu de ressourcement, à l'odeur du sirop de batterie, retour au centre-ville. La mairie comme celle de Grand-Bourg revêt le style Ali Tur, l'architecte des bâtiments publics au milieu du XXème siècle. Mais l'autre richesse naturelle et non plus architecturale de cette commune, c'est sa mitoyenneté avec l'une des plus belles plages de l'île, celle de la Feuillère. En parallèle, la route départementale permet de prendre la mesure de cet incomparable trait de plage de 800 m et de maintenir en continu, à travers la clarté ajourée des feuillages, un fort sympathique contact visuel avec l'harmonie des couleurs, l'étendue de sable blanc, le lagon, les carbets, les cocotiers et les raisiniers « bord de mer ». Mis à part la côte saint-louisienne de Vieux-Fort, l'île ne dispense pas une telle splendeur. Cette bande paysagère inocule sans en avoir l'air, les ingrédients de l'admiration contemplative. Outre la qualité du sable, la translucidité des eaux et des fonds confère à l'endroit les atours nécessaires à l'explication de sa réussite touristique. Ce lieu produit une séduisante alchimie où le bleu émeraude précédant la barrière de corail prend une part dominante.











