Dès le XVIIe siècle, la situation géographique des Saintes «sur la route des vaisseaux, de Sainte-Lucie à Saint-Domingue, rade importante très bien protégée, remarquablement orientée (Est/Nord-Est) et apte à recevoir plusieurs dizaines de navires», en fait une base stratégique pour les deux puissances de l'époque, la France et l'Angleterre qui se partagent le monde. Conserver la possession des colonies exige la possession des mers. En 1815, on veut faire de Terre-de-Haut le point d'appui central de la défense des Antilles, un «Gibraltar des Indes occidentales».
L’origine de la fête patronale de Terre-de-Haut
Durant près de 150 ans, les Saintes seront le théâtre de batailles acharnées entre la France et l'Angleterre. Les premiers conflits datent de 1666, durant le règne de Louis XIV. L'archipel des Saintes est convoité par les Anglais qui paraissent dans le canal des Saintes le 2 août. Cinq navires anglais croisent dans la rade. Le gros de la flotte composée de 14 grands navires et de 2000 hommes navigue dans le canal des Saintes. Vers 18h, une tempête s'abat sur la Guadeloupe. Sur les 14 vaisseaux anglais, deux seulement réussissent à gagner les îles voisines. Les autres sont drossés à la côte. Quelques jours plus tard, le gouverneur de la Guadeloupe débarque aux Saintes et oblige les Anglais à se rendre le 14 août. Le lendemain, cette première victoire sur les Anglais est célébrée par un «Te Deum» par les frères Jacobins. C'est le premier 15 août de l'histoire de Terre-de-Haut. Cette date est aujourd'hui jour de fête patronale sur l'île.
Des balles d’argent
L'autre grande bataille a lieu en avril 1782. Contrairement aux guerres de 1666 et 1809, la Bataille des Saintes ne s'explique pas par le désir des Anglais de se réapproprier la rade de Terre-de-Haut, mais plutôt par un désir de revanche. En effet, la rivalité franco-anglaise est plus vive que jamais dans cette partie du globe. Le 6 février 1778, sur les conseils de son ministre Vergennes, Louis XVI a reconnu l'indépendance des Etats-Unis. Cet accord sonne comme une véritable déclaration de guerre à l'Angleterre. Le 12 avril 1782 au petit matin, les deux flottes se font face dans le canal séparant les Saintes et la Dominique. Le combat commence vers 7h40. Mais nul avantage ne se dessine pour l'un ou l'autre camp. Vers 8h15, l'amiral français de Grasse sur le Ville-de-Paris ordonne à ses vaisseaux de virer de bord. Le risque est grand car ils offrent alors leur flanc aux caronades anglaises. L'ordre n'est pas exécuté. Le sort de la bataille se joue en quelques minutes. Côté français, les munitions viennent à manquer. De Grasse ordonne alors de fondre son argenterie. Bientôt, les soldats tirent sur l'ennemi à balles d'argent ! Les Saintes deviennent anglaises
En 1794, profitant de l'agitation révolutionnaire, des désordres administratifs et des massacres qui secouent la Guadeloupe, les Anglais attaquent à nouveau les Saintes. Épaulées par 52 vaisseaux, les troupes anglaises s'emparent de l'archipel sans tirer un seul coup de canon ! L'occupation qui s'en suit dure une soixantaine de jours. En 1802, les Français se rendent à nouveau maîtres des Saintes. Quelques années plus tard, en 1809, la Martinique, Marie-Galante et la Désirade sont occupées par les Anglais dont l'objectif est la Guadeloupe. Le 30 mars, une division française commandée par le Capitaine de Vaisseaux Troude, jette l'ancre dans la rade de Terre-de-Haut. Elle est immédiatement bloquée par la flotte anglaise, bien supérieure en nombre et en armement. L'affaire tourne mal pour les Français qui sont obligés de battre en retraite. Pour sauver ses trois vaisseaux, Troude n'a d'autre solution que de tenter une sortie de nuit par la passe du Nord, entre Terre-de-Haut et l'îlet à Cabris, dangereuse même de jour à cause des récifs dits «de la Baleine». Il demande alors l'aide de Jean Calot, ancien marin de la Royale et pilote du port des Saintes. Celui-ci réussit l'exploit de faire sortir cinq vaisseaux français à la barbe des Anglais. Sur terre, les combats continuent. Finalement, les troupes françaises capitulent et les Saintes deviennent anglaises. En 1814, le Traité de Paris restitue la Guadeloupe à la France. En 1815, les Saintes redeviennent anglaises pour quelques semaines ! Et ce n'est qu'en 1816 que le petit archipel redevient français, cette fois définitivement...
Toutes ces informations ont été puisées dans l'ouvrage «Petite histoire de Terre-de-Haut, île française d'Amérique», édité par l'Association saintoise de protection du patrimoine (ASPP) d'après les recherches de Patrick Peron. En vente au Fort Napoléon, au point presse Galerie Sea-side et à l'office municipal du tourisme de Terre-de-Haut (15 euros).











